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Passion du Whisky

Debriefing de la dégustation Kavalan.

Tout d'abord un tout grand merci à Monsieur Piron pour avoir convié le blog à cette agréable soirée.

Ce fût une belle expérience, dans une ambiance bon enfant.

Une prestation très épurée de nos deux jeunes ambassadrices Taïwanaises, qui étaient en tournée européenne.

Je n'ai pas souhaité les assaillir de questions supplémentaires, même si l'envie y était, mais il était tard et Fred, le représentant de l'importateur Nectar, qui a soutenu admirablement nos invitées comme toujours, devait encore les accompagner à Bruxelles avant de pouvoir dormir quelques heures et reprendre la direction de l'Ecosse le lendemain matin.

Pour ce qui est de la distillerie, j'avais un peu anticipé sa présentation lors d'un précédent article.

Je peux ajouter ceci.

Elle a intégré le groupe industriel King Car en 2006, groupe qui lui existe depuis 1956 et qui au départ embouteillait plutôt des canettes de café. Le groupe possède également une centrale de traitement de l'eau qu'elle embouteille actuellement.

Dans la langue locale, King signifie L'OR et Car la Prospérité. Il s'agit d'une expression imagée dans la culture Taïwanaise, mais vous l'aurez compris l'Asie se différencie très fortement de l'Europe dans sa conception de la réussite et de l'excellence, notamment en déployant des moyens financier pharaoniques.

Outre la mise sur pied rapide de l'outil de production ultra moderne, très automatisé, les propriétaires ont d'emblée investi dans cinq paires d'alambics totalement neufs de fabrication écossaise, permettant de libérer 4,5 millions de litres d'alcool pur par an. Mais ce n'est pas terminé, ceux-ci vont désormais doubler ce nombre d'alambics et souhaitent atteindre les 9 millions de litres.

Par comparaison, si la distillerie était installée en Ecosse, elle ferait déjà partie du top 5 des plus grosses productrices.

Au vu du niveau affiché d'exigence, il faut croire que cela ne devrait pas affecter la qualité.

En réalité il s'agit d'anticiper la demande en croissance de la Chine voisine.

Jusqu'en 2002 il était interdit de produire de l'alcool à titre indépendant sur l'île, mais voilà un état qui a saisi une belle opportunité de promouvoir le savoir faire local, plutôt que de lui couper une jambe tout en gardant un oeil sur la seconde sous prétexte de se soucier de sa santé.

La marque a su s'entourer de professionnels écossais comme Jim Swan et bien entendu je le répète en déployant de gros moyens.

Pour l'anecdote il existe une seconde distillerie sur l'île, elle appartient à l'état et n'alimente que le marché local.

Ensuite la sélection des fûts. D'emblée la maison a saisi l'importance de se rendre chez les meilleurs producteurs de bourbon, de sherry ou même de vins, afin de se fournir.

Ils sont acheminés entiers afin de conserver le caractère unique et homogène de ceux-ci.

Cela bien aidé par l'automatisation j'insiste, on est loin du distillateur qui jauge le jus en mettant le doigt sous le filet d'alcool tout droit sorti du tuyau.

La méthode de travail est très réaliste, on le ressent dans le discourt de Kelly et Emma, probablement des noms d'emprunt et plus prononçables pour nous.

Bref nous sommes loin du pays des lutins écossais.

Je veux dire que la modernité assombrit un peu le côté traditionnel et magique du whisky auquel nous sommes familiarisé.

La maturation ensuite. Les chais au nombre de deux, partagés en cinq étages, possèdent plusieurs particularités.

Tout d'abord il faut savoir qu'entre le premier et le dernier, il y a une différence de température de l'ordre de 20°. En effet s'il fait 25° en bas, il fait de l'ordre de 42° en haut.

Ils sont ventilés naturellement et non par air conditionné. Pour cette raison les plus gros fûts de sherry sont placés sur le haut et les plus petits de bourbon en bas, afin de contrôler l'évaporation. Il doit s'en passer des choses dans un fût de sherry à 42° de conservation.

Pourquoi alors ne pas creuser des chais en sous-sol? Simplement parce que la législation ne le permet pas.

Bien entendu c'est aussi devenu la principale différence de la marque. Cela lui permet d'atteindre une maturation très rapide et d'écouler aussi rapidement la production, ce qui est très rentable, même si ce n'est bien entendu pas le discourt officiel, qui lui porte sur la recherche de la qualité absolue dont est responsable le maître de chais. Celui-ci a une part énorme de responsabilité dans la décision du moment de la mise en bouteille. Les fûts sont goûtés régulièrement compte tenu de la rapidité de maturation.

L'embouteillage une fois décidé peut se faire dans la journée au besoin.

Précision pour ceux qui auraient peur de manquer de Kavalan, les chais contiennent actuellement 120.000 fûts en maturation, donc pas de panique il y en aura pour tout le monde.

Pour tout le monde, mais pas pour toutes les bourses et c'est bien là le sujet qui fâche et qui a fâché ce soir là.

Oui c'est une polémique qui fut relevée plusieurs fois par les convives, débutants et confirmés.

Que dois-je dire à ce sujet? C'est délicat.

Je n'aime pas céder à la facilité de traiter le sujet de manière négative et je ne le ferai pas. Non par complaisance, mais par réalisme, enfin je crois.

Êtes-vous prêt à mettre 150 euros pour une version du Ardbeg Day? Si oui, je vous recommande vivement de vous offrir un Kavalan de la gamme Solist, car c'est une expérience croyez moi!

Ensuite, peut-on faire le procès à Kavalan de ce qui a été initié par les écossais, à savoir de mettre sur le marché des whiskies sans notion d'âge à prix d'or?

De profiter d'une période un peu creuse du scotch, tant au niveau des ventes qu'au niveau qualitatif? J'ai souvent entendu des plaintes à ce sujet, du genre c'était mieux avant.

Est-ce que le prix du caviar est justifié? Pour moi qui n'aime pas ça non, mais pour celui dont c'est le plaisir?

Dans le monde du whisky, il faut se distinguer de l'autre et selon moi la méthode que choisissent beaucoup de marques écossaises n'est simplement pas en accord avec ses traditions pour le moment.

Le prix, ben oui il en faut un. Par quoi se justifie t-il? Je n'ai pas une réponse précise, notons le prix des japonnais qui est élevé, mais commence seulement à soulever la foule de désapprobation, allant jusqu'au boycotte.

L'influence du marché asiatique, prêt à payer pour le plaisir d'afficher, car j'ai des doutes sur sa capacité à apprécier pleinement un breuvage qui n'est pas encore ancré dans la culture. Un marché qui a dépouillé l'Ecosse de ses meilleurs fûts, parce qu'elle la bien voulu, pensant peut-être pouvoir faire la même chose chez nous. Mais là encore je crois que c'est une erreur que de vouloir rapprocher nos habitudes de consommation avec l'Asie, avec tout le respect que je dois à cette grande culture et à ses traditions.

Le scotch a vendu son âme au diable dollar, il reste à tirer les enseignements de cela.

Dans le prix, il y a aussi le retour sur investissement, le billet de l'orge qui vient d'Inverness, la promotion, le packaging et bien d'autres choses. En somme il n'est pas simple pour ce géant de trouver un siège à ses ambitions chez nous.

Bien entendu je ne souhaite pas pour le futur des petits Kavalan partout, alors le whisky aurait perdu définitivement son âme. Mais je refuse de cracher dans le wash back, car c'est un bon produit.

Disons qu'il ne s'agit pas d'un whisky indispensable pour l'Europe, c'est de l'exotisme.

Cela reste néanmoins pour moi une belle expérience dont je clôture mon exposé ici, je n'ai plus d'encre dans mon stylo.

Pour ce qui est de la dégustation en elle même, voici mon avis sur chaque bouteille. Il s'agit plutôt d'une approche, car il n'est pas simple d'écrire, d'écouter et de goûter à un rythme plutôt soutenu.

  • Kavalan 3Y. Single Malt Whisky 40% à savoir que chez eux l’appellation intervient après seulement deux ans.

Assemblage de fûts de bourbon, de sherry et de vins. La couleur est naturelle.

Nous sommes sur des fruits exotiques, banane, mangue. Doux mielleux, vanillé, gras. Des épices également comme du poivre. La finale est courte, nous sommes sur de l'entrée de gamme.

 

  • Kavalan Concertmaster Port Casks finish 40%. 3 ans de fûts de bourbon et 1 an en fûts de Porto Ruby, Tawny et Vintage.

Toujours très fruité, doux et gras, crémeux aussi. c'est un trait commun à toute la gamme. Caramel brûlé. Plutôt marqué par le Tawny avec ses notes de fruits secs et c'est mon ami Vitor qui est portugais qui le dit, je le salue ici. Sec et épicé en bouche, il est aussi moins gras que le premier, avec une légère présence de l'alcool.

Ma question pour ces deux embouteillages est, y a t-il un intérêt pour l'Europe à ce prix là, dans les 60 ou 70 euros chez le caviste? C'est bon mais la concurrence est rude sur le segment. Cela dit ça reste relativement différent des whiskies européens.

 

  • Kavalan King Car Conductor 46% non chill-filtered. Je l'avais déjà goûté, vous aurez une note plus complète. Il s'agit d'une suite du premier avec une portion plus importante de fûts de sherry et portée à 46%.

Nez : Pommes rouges et vertes mûres, moka, fudge, café crème, banane, très exotique. Une pointe d’eau accentue le côté crémeux.

Bouche : Explosion d’ananas bien mûres et juteux après une attaque de l’alcool. Jeune, sécheresse, juste une goutte d'eau au risque de perdre la côté pétillant du fruité. Vanille, crémeuse.

Finale : Longueur moyenne, boisée, fruitée. Très différent des Whiskies écossais.

 

  • Kavalan ex-Bourbon oak 46%. ​Les fûts sont américains et arrivent en une seule pièce.

La ça devient sérieux. La sensation au nez est sympa. Doux, fruité. Un peu iodé, boisé-sucré. Des épices, bien entendu une vanille plus puissante. En bouche il est citronné. De la pêche fraîche. Très gras, sucré. Riche vraiment. La puissance est contrôlée. Il a une longueur honorable.

 

  • Kavalan Sherry oak 46%. ​Là je suis client! J'avais également déjà goûté et la note de dégustation était déjà sur le blog.

Avant tout, une couleur juste incroyable, ambre profond.

Nez : Figue séchée, pruneaux. Un sublime boisé. Très rond. Une pointe de souffre. Très prometteur. Épices, muscade, gingembre. Liqueur de mandarine et meringue. Poivre de Cayenne.

Bouche : C'est gras, c'est riche. Des pruneaux à profusion. Des épices. Raisins secs. Poussiéreux. Très réussi. Whisky plaisir.

Finale : A peine sèche. Suite logique de la bouche. Une touche de pelure de pomme rouge. Raisins frais.

 

  • Kavalan Solist Bourbon cask. Vintage 03/11/2009, Cask B091103031A. 54,8%, 193 bouteilles. Sélectionné par 'The Nectar'.

Il n'y a pas photo, c'est très bon. Très vanillé, boisé. Peut-être de la pâte de cacahuète. C'est un vrai cask strength, un peu d'eau vient le soulager.

Il demande à être goûté au calme et surtout pas après un sherry casks. Je vais essayer d'en avoir un peu à cette fin.

Debriefing de la dégustation Kavalan.
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Debriefing de la dégustation Kavalan.
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Alba Clann 19/04/2016 21:25

Vos commentaires sont loin d'être des bêtises.

Alba Clann 17/04/2016 23:42

Merci pour vos notes de dégustations et pour ces informations sur la marque, cela me sera utile car je participe à une masterclass dédiée à Kavalan.

Seb.whisky 18/04/2016 09:58

Avec plaisir, j'espère que je n'ai pas raconté de bêtises du coup ; )