750 grammes
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Passion du Whisky

Dumangin Batch 001

  • Dumangin & Fils Batch 001 - 12Y "Mystery Distillery - Orkney" 10-2007 / 11-2019. Hogshead de seconde main & 7 mois en fût de Ratafia Champenois T-032. 413 Bouteilles. 46%.

 

Nez : J'ignorais totalement ce que cette finition Ratafia apporterait, comment elle modifierait ce whisky des Orcades et en réalité c'est une agréable surprise. Nous sommes clairement sur un profil qui correspond à la distillerie la plus à l'est de l'île, avec une sensation de densité pouvant correspondre à une très bonne version officielle. Nous avons tout le côté orange confite, un beau boisé-fumé, avec des épices et un mélange gingembre cannelle. Les zestes d'agrumes fournissent de la fraîcheur, même si l'ensemble est plutôt enrobant, fruité et gourmand. Dans un autre domaine cela me fait songer aux fûts de Rasteau employés par Ferroni, en ce que ces deux univers diamétralement opposés se marient parfaitement. 

 

Bouche : L'attaque est très soft, trop je ne dirais pas, mais quelques watts en plus je ne dirais pas non. Mais admettons que l'idée est celle-là, de toucher un public désireux de souplesse, venu peut-être du monde des vins et des Champagnes. L'avantage est que les arômes sont bien disponibles, avec ces agrumes bien entendu, des zestes libérant leur huile essentiel, mêlant fraîcheur et légère amertume. Il y a une petite présence fumée et l'ensemble progressivement s'assèche, il y a à nouveau du bois, des épices. Le petit supplément dû probablement à la finition est bien présent, même si cela n'est pas simple à analyser. Peut-être me risquerais-je à le qualifier de sherry champenois. Il y a encore du miel, tant dans la texture que dans le goût. 

 

Finale : Cette finale toujours très orientée agrumes, va laisser se diffuser un peu de fumée, mais aussi des notes caramélisées et chocolatées. En conclusion c'est un très bon produit et je serais très curieux de tester l'ensemble de la gamme, afin de mieux comprendre l'influence de la finition, la retrouver au travers de profils de départ différents.

 

Afin d'en savoir plus sur cet embouteilleur indépendant français, j'ai eu la chance de pouvoir poser quelques questions à Gilles Dumangin lui même.

J'espère que vous les trouverez pertinentes et que comme moi vous en apprendrez plus sur le sujet. 

 

Sachez que pour le moment la gamme se compose de 6 versions dont ce Orkney.

Toutes sont finies durant quelques mois en fûts de Ratafia.

Il y a un Penderyn, un Balcones, un Cambus, un Rye Whiskey de chez Zuidam et un Bourbon.

 

 

  • Bonjour Gilles, pouvez-vous nous décrire votre parcourt professionnel, quand sont nés les Champagnes Dumangin ?

 

Gilles Dumangin :

Champagne Dumangin J. Fils, ce sont 12 générations de vignerons et 5 générations d'élaborateurs de Champagne. Mon arrière grand-père Hippolyte Dumangin a élaboré ses premiers Champagnes avant le début du 20ème siècle.  Depuis, la maison et son savoir faire se transmettent de père en fils.

Personnellement j'ai vécu dans plusieurs pays, dont de nombreuses années au Royaume-Uni, avant de racheter le domaine à mes parents en 2000. Je suis un vigneron pragmatique et méticuleux. J'aime les bons produits et tout est pensé et appliqué dans les moindres détails.

Mon amour du Champagne, des vins, des spiritueux, des nourritures fines du monde entier m'ont toujours accompagné dans mon parcours.

Nos Champagnes sont présents dans 44 pays !

 

  • Comment en êtes vous arrivé à réaliser ce grand écart qui consiste à marier ces deux univers aussi distants, que sont produits de la vigne et whisky ?

 

G.D. :

Pas si distant que cela : ).

Premièrement, le Champagne requiert une formation du palais pour accepter la très grande acidité des vins et réaliser les meilleurs assemblages, en choisissant les meilleurs arômes.

Pour le whisky, il faut une formation du palais qui permet de passer outre la force de l'alcool pour se concentrer sur les arômes.

C'est un peu comme pour apprendre une 2ème langue étrangère, une fois le cerveau habitué à apprendre la 1er, la 2ème suit.

Ensuite, si on regarde les détails, le Champagne et le whisky requièrent de longs vieillissements, point commun important.

Enfin, le choix du bois est très important. J'élabore un Ratafia Champenois pendant de longues années dans des barriques de 2ème main.

 

Quand j'étais encore étudiant en Angleterre j'ai fait l'achat à côté de Harrods d'une bouteille de Glenmorangie 1978 Tain l'Hermitage finish. Une découverte qui a changé ma vie : ).

La puissance des arômes apportés par le bois était juste exceptionnelle. J'ai donc décidé ce jour là de me concentrer sur le bois.

Mes Ratafias Champenois sont tous vieillis en barriques de seconde main en provenance des plus grands domaines de Côtes du Rhône Septentrionale, (Pour honorer l'esprit du Glenmorangie). 

Quinze ans après mes premiers achats de barriques, je me suis aperçu que les premières ne donnaient plus assez au Ratafia. J'ai donc décidé de donner une troisième vie à ces bois exceptionnels !

Le mariage est là... Une troisième vie pour mes barriques, une troisième gamme de produits pour Champagne Dumangin J. Fils. Champagne / Ratafia Champenois / Whisky.

 

  • Les whiskies proviennent d'horizons très différents, avec des profils variés, comment procédez-vous à la sélection ?

 

G.D. :

Quand on est une "petite" marque de Champagne, il faut mouiller la chemise : ). Je vends dans 44 pays et je voyage énormément pour apporter du support à mes ambassadeurs de Champagne. 

J'ai donc beaucoup dégusté de whisky à l'étranger. L'Ecosse était pour moi une évidence et les lots 1 et 2 en sont le reflet.

Le Cambus 1993 est une pure merveille et unique car distillé deux mois seulement avant la fermeture définitive de la distillerie.

Ensuite j'ai choisi des profils différents que j'aime. Balcones est une trouvaille exceptionnelle, un climat presque tropical qui accentue le vieillissement et propose des arômes merveilleux.

Penderyn a encore un autre profil, de fruits à noyaux. 

Nous vendons notre Champagne dans 27 états US et j'ai donc souvent eu l'occasion de déguster des single batch de bourbon, d'où le lot 5 et je me suis aperçu que je préfère de loin les bourbons avec un bon pourcentage de seigle. Je me suis donc mis à la recherche d'un seigle nord américain.

C'est finalement aux Pays Bas que j'ai trouvé ce que je cherchais, un 100% seigle de chez Zuidam... Vraiment unique car il y a très peu de 100% dû à la difficulté de fermentation. 

 

  • Comment pourriez-vous décrire le bénéfice attendu de la finition en fûts de Ratafia? Peut-être pourriez-vous décrire le processus de fabrication de votre Ratafia et ses caractéristiques organoleptiques ?

 

G.D. :

L'explication du côté éclectique de la sélection est là. Comment apporter un effet de gamme à des goûts si différents ? 

L'affinage Ratafia Champenois était pour moi une évidence, mais un gros risque aussi. Comment connaître l'effet exacte que le Ratafia apporterait ? J'ai donc acheté deux fûts de Penderyn après une visite sur place et un choix difficile. 

Douze mois plus tard le résultat était exceptionnel à mes yeux. Je souhaitais respecter le distillat de base. Il ne s'agit en aucun cas d'améliorer le whisky, mais de le complémenter. 

Une douceur, une touche légèrement sucrée, une complexité apportée par le choix de barriques, (Je passe beaucoup de temps à choisir la bonne barrique pour le bon whisky).

 

Le Ratafia Champenois bénéficie d'une IGP européenne. Il s'agit de moûts de raisins de Champagne, (Qui ne sont pas utilisés pour le Champagne, car on n'utilise que la partie la plus riche en acidité et moins proche des peaux et pépins pour le Champagne), assemblés avec un distillat originaire de ces mêmes jus.

Le résultat est bluffant d'arômes de fruits frais. Il y a besoin d'un long vieillissement à mes yeux et alors que l'IGP requiert 10 mois minimum, dans mon cas, le minimum dans ma cuvée CRAFT est de 6 ans, avec une moyenne de 9 ans, (On retrouve là aussi le lien Champagne / Whisky / Ratafia). 

Suite au vieillissement on retrouve souvent des arômes grillés / fumés / de bois, qui viennent du choix des barriques de départ.

Le taux minimum d'alcool est de 17%, avec un taux de sucre de 110 grammes par litre au minimum.

 

  • Avez-vous d'autres projets de cette nature, avez-vous déjà envisagé de pratiquer des finitions sur d'autres spiritueux tels que le rhum par exemple ?

 

G.D. :

Des projets : ), j'en ai toujours eu et en ai aujourd'hui une liste de plusieurs mètres de long ! Cette gamme de whisky n'est pas un "One-Shot", j'en ai déjà d'autres en préparation, qui seront plus "Régionales", pour les prochaines gammes.

le Rhum / la Tequila, font aussi partie des projets, mais de ceux qui n'ont pas encore quittés mon cerveau pour entrer dans le monde de l'affinage. Cela viendra ! : )

 

Voilà c'est ici que se termine notre interview de Gilles Dumangin et espérons que ce ne soit qu'une introduction à des échanges futurs.

 

​​​​​​​Merci Gilles et aussi Philippe.

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